FR 23.11.2014

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Dimanche
Cartouche
Equipe de rédaction:
Abdel Massih Felli
Michael Victor
Christine Ibrahim
Révision:
Rafik Baracat
Rédacteur en chef
Youssef Sidhom
Directrice de rédaction
Laura Hakim
Mise en page
23 Novembre 2014
14 Hâtour 1731
30 Moharram 1436
9 ème ANNEE
NUMERO 446
Saleh Sami
El Sissi dans une interview accordée à la chaine française "France 24"
Les relations égypto-françaises sont fortes et anciennes
Rafik Baracat
L
Sissi a toutefois catégoriquement nié les rapports selon
lesquels l'Egypte est intervenue en Libye voisine. "Si nous
sommes intervenus directement, je n'aurais pas hésité à
annoncer cela," a dit Sissi. "Mais tout ce que nous avons
fait jusqu'à présent est d'aider l'armée libyenne nationale, le
parlement libyen et le gouvernement libyen."
e président Abdel Fattah al-Sissi se rendra en Italie et
en France du 24 au 28 novembre dans une tournée européenne de quatre jours.
Cette visite intervient au moment où l'Egypte témoigne de
liens étroits avec les pays européens, en particulier après
le sommet tripartite tenu au Caire la semaine dernière, regroupant l'Egypte, la Grèce et Chypre et le soutien par les
pays de l'Union européenne en vue de la réforme politique
et économique en Egypte lors de l'élection de Sissi en juin
La réforme économique en Egypte est devenue plus attirante aux investissements que tout le temps passé. Le
président al-Sissi est au courant de cela, ainsi les questions économiques qui seront au-dessus des questions examinées, en plus du terrorisme.
Les objectifs de la visite comprennent le renforcement
des liens avec les pays européens et la clarification de la
position égyptienne avec les pays méditerranéens, en particulier la Turquie.
Les discussions devraient s'attaquer avec l'Italie à la lutte
contre l'immigration clandestine ainsi que le partenariat
dans l'information, la coopération dans les domaines de
l'énergie et de l'excavation du gaz naturel sur les frontières
maritimes pour les pays méditerranéens.
L'Italie et la France seront invitées à prendre part au sommet économique qui se tiendra en Egypte en mars.
Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri a commencé lundi une tournée européenne
de quatre jours qui inclut Paris, Londres et Copenhague.
Le ministre a quitté lundi pour rencontrer son homologue
saoudien Saoud al-Faisal à Paris. Il s'est dirigé ensuite à Londres pour s'entretenir avec son homologue américain John
Kerry sur les développements de la cause palestinienne.
Choukri a assisté au forum de partenariat ministériel à Copenhague sur la Somalie qui a eu lieu les 19-20 novembre.
Interview
Le président Abdel Fatah Al-Sissi a accordé jeudi des interviews à la chaîne française "France 24" et au journal ita-
Amnistie
Le président al-Sissi accordant son interview à France 24
lien "Corriere della Sera" à l'occasion de ses visites prévues en Italie et en France.
Sur France 24, le président égyptien revient sur les arrestations de Frères musulmans, mais aussi la situation au
Proche-Orient et en Libye.
Le chef de l’État, Abdel Fattah al-Sissi, justifie, dans une
interview exclusive accordée à France 24, la première accordée à une télévision européenne depuis son accession
au pouvoir, les arrestations dont font l’objet les membres
de la confrérie.
"Cette campagne est exceptionnelle, dit-il. En Égypte, tout
le monde a le droit de penser ce qu’il veut, mais les Frères
musulmans étaient en train d’imposer leurs idées aux
Égyptiens".
Interrogé par les journalistes Sonia Dridi et Marc Perelman, le chef de l'Etat revient également sur le processus
de paix au Proche-Orient et l’instauration récente d’une
zone tampon à la frontière avec la bande de Gaza. "Nous
partageons une frontière avec Gaza, mais évidemment il
n'y a pas à l'heure actuelle de contrôle efficace de la circulation des biens et des personnes dans cette zone, affirme-t-il. Nous avions un accord avec la population locale
qui a compris qu'il fallait évacuer la zone pour la sécurité de
l'Égypte, c'est pour le bien de notre pays."
Appel à l'aide internationale à la Libye
Dans son entretien avec FRANCE 24, Sissi a également
souligné ses préoccupations en matière de sécurité pour la
frontière occidentale de l'Egypte avec la Libye et a appelé
la communauté internationale à aider l'armée libyenne dans
sa lutte contre les militants islamistes.
Le président égyptien a exhorté les Etats-Unis et l'Europe
d'aider l'armée libyenne dans sa lutte contre les militants islamistes pour sauver le pays de la nécessité d'une intervention à l'instar de l'Irak et la Syrie.
Établissant des parallèles avec la coalition internationale
contre ISIS en Irak, Sissi a noté que «nous aurons besoin
des mêmes mesures qui se passent en Irak et en Syrie à
prendre en Libye."
Plus de trois ans après un soulèvement renversé Mouammar Kadhafi, la Libye dispose actuellement de deux gouvernements rivaux et plusieurs groupes de miliciens qui
n'ont pas encore été désarmés.
Le président égyptien a déclaré jeudi qu'il envisageait de
gracier deux des trois journalistes d'Al Jazeera emprisonnés dans son pays.
Les trois journalistes ont été condamnés à sept et 10 ans
de prison sur des accusations de répandre des mensonges
pour aider une «organisation terroriste», une allusion aux
Frères musulmans.
Sissi a publié un décret la semaine dernière qui lui permet
de rapatrier les prisonniers étrangers, soulevant la possibilité que l'Australien Peter Greste et le canado-égyptien
Mohamed Fahmy pourraient être libérés.
Le troisième journaliste d'Al Jazeera derrière les barreaux, Mohamed Baher, est égyptien, et donc ne devrait
pas s'attendre à bénéficier de ce décret.
"Disons que cette question est en cours de discussion
pour résoudre le problème", a déclaré Sissi dans l'interview
à France 24 lorsqu'on lui a demandé s'il voulait utiliser une
grâce présidentielle pour libérer les deux journalistes d'Al
Jazeera qui détenaient des nationalités étrangères.
Interrogé sur la décision qui pourrait être prise, il a dit: "Si
nous trouvons cela opportun pour la sécurité nationale de
l'Egypte, nous le ferons."
Sissi avait auparavant refusé d'intervenir dans le cas, ce
qui suggère que cela porterait atteinte à l'indépendance judiciaire. Mais il a dit en juillet qu'il voulait que le trio soit expulsé et ne pas être détenu.
Les relations entre l'Egypte et le Qatar ont été tendues
depuis la mi-2013, suite à l'éviction du président islamiste
Mohamed Morsi issu des Frères musulmans.
Mais ces tensions ont montré des signes de détente récemment. Le Qatar a expulsé des dirigeants des Frères éminents
en septembre et l'Egypte a salué mercredi un accord pour
mettre fin à un conflit de huit mois entre les pays arabes du
Golfe unis contre le soutien du Qatar pour le groupe islamiste.
La France se découvre un nouveau bourreau parmi les jihadistes
La France, déjà sidérée par la découverte qu'un de ses ressortissants
avait participé le week-end dernier à
une décapitation massive de Syriens
et d'un Américain, a appris mercredi
qu'il y en avait un deuxième, un jeune
de 22 ans converti récemment à l'islam.
Dans le même temps, EI a diffusé
mercredi une vidéo dans laquelle trois
membres français du groupe demandent à leurs compatriotes d'attaquer la France par tous les moyens
possibles, dans des termes similaires
à d'autres vidéos du groupe déjà rendues publiques. Ces trois hommes, se
faisant appeler Abu Osama alFaranci, Abu Maryam al-Faranci, et
Abu Salman al-Faranci, brûlent leur
passeport devant la caméra.
Deux jours après avoir rendu public
le nom de Maxime Hauchard, premier
Français identifié parmi les bourreaux,
la France a indiqué que le deuxième
était un jeune de 22 ans d'origine portugaise, Mickaël Dos Santos, "Abou
Uthman" selon son nom de guerre.
"Sa mère l'a reconnu sur la vidéo"
de ces assassinats diffusée par le
groupe Etat islamique (EI) "et elle est
effondrée", a rapporté un expert
français des affaires terroristes, JeanCharles Brisard. Regard sombre et
collier de barbe sur les images de l'EI,
Mickaël Dos Santos présentait un profil très inquiétant en raison d'images
choquantes postées sur les réseaux
sociaux, selon une source proche du
dossier.
Sur une vidéo diffusée mi-octobre, à
visage découvert, il appelait en
français à s'en prendre aux civils en
France en représailles aux raids de
l'armée française contre l'EI en Irak.
51 morts français
Mercredi, la France a annoncé de
nouvelles frappes en Irak et un renforcement de son dispositif militaire,
porté de 9 à 15 bombardiers - 6 Mirage déployés en Jordanie en décembre en plus des 9 aux Emirats
arabes unis. Paris semble être passé
récemment à une vitesse supérieure
dans la coalition alliée contre l'EI,
avec davantage de missions de surveillance et de raids.
Cette accentuation de la présence
française dans la coalition va de pair
avec une prise de conscience accrue
en France d'une forte implication de
jeunes Français dans les rangs des jihadistes de l'EI.
"Plus d'un millier" de Français sont
concernés par le phénomène jihadiste
en Syrie, a reconnu mercredi le Premier ministre socialiste Manuel Valls,
alors que la chef du parti d'extrême
droite Front national, Marine Le Pen,
assurait qu'ils étaient plutôt 4.000.
Selon une source gouvernementale,
51 Français partis faire le jihad sont
morts en Syrie et en Irak.
Pas de Belge parmi les bourreaux
Hormis la France, aucun autre pays
étranger n'a jusqu'à présent dit avoir
identifié les 16 autres combattants qui
apparaissent à visage découvert dans
la vidéo du groupe Etat islamique.
Certains ont un type occidental ou
asiatique.
Un journal belge a fait état de la possible implication d'un Belge parti combattre dans les rangs jihadistes en octobre 2012, mais la justice du pays a
indiqué mercredi qu'"aucun Belge" ne
figurait sur la vidéo.
La vidéo montre aussi un homme
qui pourrait être le Britannique surnommé "Jihadi John" par les médias
britanniques, et considéré comme
l'assassin présumé de James Foley et
Steven Sotloff, les deux journalistes
américains décapités, ainsi que des
humanitaires britanniques Alan Henning et David Haines.
Mercredi, un attentat suicide a fait
quatre morts, dont deux policiers, à
Erbil, capitale du Kurdistan irakien
généralement épargnée par les violences. Le kamikaze a lancé son véhicule contre un point de contrôle
dans cette ville du nord de l'Irak.
L'attaque n'a pas été revendiquée,
mais son modus operandi est celui
des groupes armés extrémistes sunnites en Irak, notamment l'EI.
Les forces de sécurité kurdes affrontent seules, ou aux côtés des
troupes fédérales irakiennes, le
groupe EI qui s'est emparé depuis juin
de grandes zones au nord de Bagdad, certaines très proches du Kurdistan.
Fortes du soutien de la coalition et
appuyées par des miliciens et membres de tribus, les forces irakiennes
ont regagné la semaine dernière du
terrain face aux jihadistes.
Selon le plus haut gradé américain,
le général Martin Dempsey, les forces
irakiennes "se débrouillent beaucoup
mieux" à présent face aux jihadistes
de l'EI. "Mais elles ont toujours de profondes faiblesses structurelles que
nous, mais surtout elles, devons surmonter."
Il a encore estimé que les actions
militaires menées actuellement par
les Etats-Unis en Irak ont de meilleures chances de réussir que lors de
la guerre lancée en 2003, car les
Américains jouent depuis le début un
rôle de soutien aux forces locales.
Dans ce contexte, les Etats-Unis ont
par ailleurs exprimé leur "inquiétude"
au sujet d'informations selon lesquelles des combattants extrémistes
ayant prêté allégeance à l'EI déstabiliseraient l'est de la Libye.
Deux vues entrelacées
de la guerre d'Espagne
L'écrivain Lydie Salvayre a reçu le 5 novembre le Prix
Goncourt 2014 pour son roman sur la guerre civile
espagnole, "Pas Pleurer". La romancière revient sur l'"été
radieux" vécu par sa mère âgée de 15 ans en 1936, dont la
vie jusque là corsetée dans un village catalan, éclate avec
la ferveur libertaire que traverse le pays. La romancière
croise ce récit avec la vision de Bernanos, spectateur
effaré de la répression franquiste à Majorque.
Lydie Salvayre, les larmes de joie aux yeux
"L'été radieux de ma mère, l'année lugubre de Bernanos", le dernier
roman de Lydie Salvayre "Pas pleurer" entrelace deux points de vue,
deux
visions
sur
un
même
évènement. "On est en Espagne en
1936. La guerre civile est sur le point
d'éclater, et ma mère est une mauvaise pauvre". Premier point de vue,
celui de la mère de la romancière,
Montse, 15 ans en 1936, fille de paysans vivant dans un petit village de la
Haute Catalogne.
Autre vision, celle de Georges Bernanos, catholique convaincu, observant effaré à Palma de Majorque
la répression franquiste orchestrée
sous l'œil complaisant de l'Eglise.
L'écrivain dénoncera la barbarie des
"Nationaux" dans "Les Grands Cimetières sous la lune", pamphlet violemment antifranquiste. Cet épisode
refroidit ses penchants pour les idées
de l'extrême-droite, incarnées notamment par l'Action Française, dont il
s'éloigne alors définitivement.
"L'été de la jeunesse totale"
Quand on fait la connaissance de
Montse, elle est une vieille dame, et
de toute sa vie ne lui reste en mémoire que ce souvenir radieux de
l'été 1936, "le plus beau, vif comme
une blessure". Celui où, emportée
par la ferveur libertaire, elle quitte
avec son fougueux frère Josep, le village familial. Ils rejoignent à Barcelone les révolutionnaires venus de
l'Europe entière pour soutenir le
camp de ceux qui veulent changer le
monde.
La jeune Montse découvre et la vie
et l'amour. Le garçon s'appelle André, (que ses filles nommeront entre
elles plus tard "André Malraux") et lui
fait un enfant avant de rejoindre le
maquis. Retour à l'ordre avant l'exil
dans le Languedoc, où elle "dut apprendre une nouvelle langue et de
nouvelles façons de vivre et de se
comporter, pas pleurer".
Le monde dans un village
Lydie Salvayre raconte l'arrivée au
village des idées révolutionnaires, et
les chambardements qui s'en suivent. Car ces idées viennent percuter
un monde immuablement rythmé par
les saisons et les récoltes, régi par
des principes ancestraux, "un village
où les choses infiniment se répètent
à l'identique, les riches dans leur
faste, les pauvres dans leur faix", un
monde "lent, lent, lent comme le pas
des mules", un monde où les pères
imposent leur autorité "à coup de
ceinturon".
Ces idées nouvelles bouleversent
un ordre immuable, transportent les
cœurs des uns, terrorisent les autres.
Le village en est complètement retourné, et la ferveur générale des
premiers moments se mue pro-
gressivement en conflit ouvert. La romancière donne à voir toute la complexité de la guerre civile espagnole
sur la scène de ce petit village perché sur les hauteurs de la Catalogne.
Elle remonte aussi le fil d'une histoire
familiale, traversée par d'autres tragédies.
Le souffle de la liberté
En contrepoint, et plus politique, la
vision de Bernanos, le dégoût que
les massacres lui inspirent, le désenchantement qui s'en suit, ponctuent le récit, ouvrant d'autres perspectives.
Lydie Salvayre a puisé dans sa
propre histoire de fille de Républicains espagnols réfugiés en
tarif d’abonnement: Egypte:100 L.E - Pays arabes: 200 L.E - L’europe: 110 dollars - L’amérique: 125 dollars - L’australie: 150 dollars américain
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France ce récit, qu'elle transcende
avec une écriture d'une vivacité explosive, phrases projetées comme
des pulsions de vie, avec l'énergie de
l'enthousiasme en cours en 1936,
phrases parfois interrompues en
plein vol, à l'image des soubresauts
de l'histoire.
On lit aussi avec délectation les
commentaires de la mère, le lumineux personnage de Montse,
"mauvaise pauvre qui ouvre sa
gueule", ses discours éclatant dans
une langue française à laquelle elle
fait "subir quelques outrages", et qui
rythment et font chanter ce bouleversant récit, "mis en sûreté dans
les lignes, puisque les livres sont
faits, aussi, pour cela".