Pinassotes et Pinasseyres

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Transcript Pinassotes et Pinasseyres

Pinassottes et Pinassayres
L’Amicale des Pinasseyres
Ostréiculteurs et pêcheurs du Bassin organisaient des régates de pinasses à voile, et
à l'aviron, durant les fêtes des différents villages. La dernière eut lieu à Taussat en
1962. A l'époque les cinq ou six dernières pinasses manœuvrées par des
professionnels avaient accepté la présence d'une pinasse amateur, la Marie Louise de
la famille Corre. Le mouvement s'interrompit faute de participants.
La première régate : déception...
Après un trou de vingt ans, l'étincelle, qui raviva la flamme, fut l'annonce, dans le
journal Sud-Ouest, d'une régate de pinasses, le 15 août 1982 à Arcachon, régate
organisée par Pierre Mallet alors Président du Cercle de la Voile d'Arcachon (C.V.A.)
Déception quand nous abordâmes à Eyrac avec la Marie Louise, une seule
concurrente, Souvenir d'Eric Squenel de la Teste. Une troisième unité, la Germaine de
monsieur Bonin nous fut présenté comme la pinasse modernisée, en contreplaqué. Le
gréement était établi sur un mât haubané, une voile en deux parties fixées sur un
balestron : progrès énorme, pas besoin d'amener et de hisser à chaque virement de
bord ! Résultat des courses du C.VA : première Germaine, deuxième Marie-Louise,
troisième Souvenir. Mouvement divers dans la foule des équipages des "vraies"
pinasses, sifflets et dispersion jusqu'au bistrot le plus proche. C'est là que naquit le
mouvement de révolte et la prise de conscience chez les Testerins comme chez les
Piqueyens, qu'on ne pouvait pas laisser faire cela.
Ce n'est que le lendemain que j'ai pris ma plume pour une lettre de contestation à
Monsieur le Président du C.V.A.. "La pinasse et son gréement si particulier, l'héritage
des anciens marins-pécheurs, et patati et patata...".
Bref, Pierre Mallet fut convaincu du bien fondé de la réclamation et acquis à la cause du
sauvetage de l'étrange bateau. L'idée du patrimoine maritime était dans l'air et
inconsciemment nous étions contaminés par le mouvement naissant un peu partout sur
les côtes de France.
La naissance de l'Amicale
Les deux survivantes ont eu le mérite de déclencher la renaissance et la reconstruction
de la petite vingtaine d'unités qui naviguent aujourd'hui en 2002.
Les années suivantes, plusieurs pinasses vinrent étoffer l'embryon de la flotte : JeanLouis Sanz réarme La Belle à la voile (elle avait été construite pour l'aviron uniquement),
à Piquey La Clef du Cœur, pas très conforme à la jauge qui va s'établir, est en
contreplaqué, équipée d'une dérive métallique pivotante, La Galipe de P. Delons, à
Arcachon, Fantaisie de R. Papin et Goudurix à La Teste.
Petit à petit, un programme des régates s'établit, notamment à l'Herbe où un comité
des fêtes très actif patronné par MM. Bergua et Barse contactent les nouveaux fous
de pinasse à voile pour les fêtes du mois d'août.
En 1984, neuf pinasses s'alignent sur la ligne de départ. Flotte un peu hétéroclite,
Fantaisie, Afrique, Goudurix sont des petites pinasses.
L'idée d'association fait son chemin et la décision est prise en 1985 de réunir un
premier bureau constitutif, d'écrire les statuts qui mettent un frein aux idées
"révolutionnaires", à toutes sortes de tentatives pour faciliter la manœuvre. La pinasse
doit rester ce qu'elle est, un anachronisme, un fossile vivant, une spécialité exclusive
du Bassin d'Arcachon.
C'est notre fierté, notre engagement, de la transmettre à nos successeurs telle qu'elle
nous est parvenue.
Ce premier bureau, les membres fondateurs pourrait-on dire, étaient Jean Pères,
Jean-François Sanz, Jean-Louis Sanz, Eric Squenel, Jean-Pierre Ruez et Hubert
Charpentier bombardé Président, une majorité de testerins, tous très déterminés à
défendre la pinasse et si possible d'en promouvoir l'utilisation.
Le renouveau de la pinasse à voile
Les pinasses survivantes ne sont plus très jeunes, ni en très bon état et le
problème de la reconstruction se pose. Pierre Mallet au poste d'Arcachon-Mer se
fait fort d'intéresser la municipalité à notre mouvement.
En tant que conseillère technique l'Amicale est consultée au moment de l'appel
d'offre et du choix des chantiers qui se proposent? 'Arcachon lance l'opération et
quatre pinasses vont être construites : deux chez J.P. Dubourdieu à Gujan-Mestras,
deux chez Raba à la Teste.
Elles seront lancées le 21 juin 1986. L'espoir renaît, le rêve de revoir des pinasses
neuves sur le bassin n'était pas si fou. Ce début prometteur s'amplifie. Les mairies
contactées acceptent l'idée et l'exemple d'Arcachon fait tache d'huile.
En 1986 est construite Capricieuse puis Ferret Capie en 1987, par un troisième
chantier, celui de Michel Bossuet, relancé dans l'opération. Il succédera à Hubert
Charpentier à la présidence de l'Amicale en 1994
.
Des particuliers se joignent au mouvement avec Véraline en 1985 pour M.
Swobada, Aimy- Aquo en 1988 pour JL Réveleau, Elvire en 1988 pour D.Corre et
Graville-Lacoste en 1987 pour H. Dubourdieu.
La Teste se lance en 1988 avec La Testerine et en 1989 avec La Fringante. GujanMestras entre en lice en 1988 avec Gujan I, II et III au chantier Dubourdieu. Un
particulier, M. Laumon, au Pilât fait également construire Petit Cailloc.
En compulsant les archives, je compte 23 pinasses classées en 1991. Elles ne
participent pas toutes aux régates de plus en plus nombreuses.
Finalement touts les dimanches, toutes les fêtes sont au programme et les
pinasseyres ne chôment pas. Notre pari qu'il y aurait encore des pinasses en l'an
2000 est réalisé.
Bravo à tous. Il ne suffisait pas de lancer le mouvement encore fallait-il le
pérenniser.
Garder malgré tout, "l'esprit pinasse«
Le troisième Président de l'Amicale, Olivier Laban, poursuit la route et l'on n'oublie
plus les pinasses du Bassin d'Arcachon dans les manifestations qui regroupent les
"vieux gréements" que ce soit à Douarnenez, à Brest, à l'île d'Yeu, dans le
Morbihan, en Galice, à Bourg sur Gironde, à Calvi, à Rolles sur le Lac Léman, à
Venise et même en Ecosse lors d'un raid dans le canal Calédonien.
Sous chaque présidence, des nouvelles règles pour les régates ont été établies afin
d'éviter le trop grand nombre de réclamations aux arrivées.
Restera toujours cet écart entre théorie et pratique, l'interprétation personnelle que
chacun en fait ce qui est un des plaisirs et fait l'animation des retours à terre ! Il faut
dire que la manœuvre de virement de bord ouvre le champ à pas mal de
complications dès l'instant où la drisse est libérée de son tolet d'un bord et que la
demi-clé est refermée de l'autre.
Ce moment de valse hésitation et d'activité fébrile pour tous les membres de
l'équipage fait le charme, l'un des charmes de la pinasse à voile.
L'émulation en régate, la volonté de faire encore plus vite provoquent, parfois, des
gags célèbres, des fausses manœuvres qui réjouissent les spectateurs connaisseurs
en cette discipline particulière.
Beaucoup restent médusés par cette pratique et nous inventent des tas de procédés
pour remédier à cette perte de temps incroyable.
C'est tout à fait faisable, oui, mais alors ce n'est plus une pinasse...
C'est l'histoire de la Germaine, c'est celle de cette bande d'irréductibles Boiens,
Barbots, Testuts, Piqueyens qui ont refusé une fois pour toute de céder à la facilité
d'un autre type de gréement.
La seule tentative de polyester a été étouffée dans l'œuf, VEsparbey à M. Marc
Larcher. Si l'on a toléré la plastification des plus vieilles unités comme La Reine,
Souvenir et Marie-Louise cela n'a été probablement que par respect dû au grand âge.
La construction, elle, reste de bois. On a cédé sur la matière des voiles, les voiliers
n'ayant plus le coton adéquat. Quant à la surface, nous avions préconisé 26 m~ qui
était la surface relevée sur une des anciennes pinasses d'un professionnel, celle de
Pierre-Pierre de Piraillan qui portait le canon comme emblème.
Nous nous sommes heurtés aux 28,80 m2 de Souvenir qui avait récupéré la voile de
la Madeleine à Gujan.
Un Testerin qui naviguait avec le "Barbot" dans sa voile ! .... Il n'était pas pensable de
demander de la faire retailler à Eric, une des figures de cette association naissante.
Alors on a laissé porter, un peu. D'autres se sont engouffrés dans l'exception, et
aujourd'hui, ceux, que motivent davantage la régate et les premières places au
classement final, renâclent à adopter les 26 m.
Les grandes stars de la flotte, La Belle, Elvire, Ferret-Capie ont pris la grande robe,
ce qui n'empêche pas de temps en temps, si le vent le permet, aux autres de leur
passer sous le nez au prix d'une meilleure manœuvre ou de quelque erreur de
parcours.
On dira que de toute façon la pinasse n'est pas un monotype, il suffit de mette côte à
côte Noire Dame d'Arcachon, Saint Ferdinand, Gujan H, Elvire, Marie Louise, Ariane,
la Voltigeuse, pour noter les différences, la ligne générale aussi bien que les détails
de construction propre à chaque chantier.
Une Dubourdieu, une Raba, une Bossuet ou une Ginès, n'a pas tout à fait la même
gueule, bien que foncièrement pinasse à coup sûr pour l'œil le moins averti.
Et l'avenir?
Il faut dire, pour conclure que sous les dehors préhistoriques et un peu rustiques la
pinasse réclame à la fois des hommes forts, rapport au poids du mât, pour hisser et
étarquer la voile.
Mais aussi très subtils, elle exige du barreur une grande finesse, surtout au près.
Enfin, elle réclame une très bonne entente de tout-l-'équipage qui doit synchroniser
toutes les phases de la manœuvre du virement de bord.
Par elle-même, la pinasse sélectionne une qualité d'homme, et aussi de femme, (on a
vu des femmes à la barre de Gujan II et de Marie-Louise], que nous avons nommé les
"Pinasseyres" même si le terme "pinassayres" est plus académique mais moins doux
à l'oreille.
Depuis, certaines pinasses se sont retirées ou ont changé de propriétaire ou de
patron. Des nouvelles ont été construites. Ce qui permet de dire que l'Amicale est
toujours bien vivante.
Souvenir malgré son corset plastique, en "chose" ou en "caouchou" comme on dit
vers La Teste pour ne pas nommer directement ce matériau, qui a failli couler
définitivement les bateaux en bois, s'est disloquée peu à peu.
On a reconstruit, à partir de ce souvenir une pinasse nommée Le Pays du
Sourire. La Marie-Louise avec ses 49 ans, a fait valoir ses droits à la retraite et ne
navigue plus qu'en promenade sous sa petite voile de 21 m2. Graville-Lacoste
s'est transformée en Les Mousquetaires en passant des mains d'Hervé
Dubourdieu à celles d'Olivier Laban, puis en Moud A Can cette année avec son
nouveau patron F. Gilibert. La Veraline après une tentative de reprise par
l'équipage du Moulleau sous le nom A'Alienor d'Aquitaine navigue de nouveau
sous le nom de Veraline, basée à Andernos, patron P. Gauzère. A Gujan ont été
construites deux nouvelles pinasses, La Barbotine, patron Leglois pour des
particuliers et La Barbotière, patron J.C. Gros, pour un équipage de
professionnels construite pour la commune de Gujan-Mestras par le Lycée de la
Mer.
Ce qui porte à quatre pinasses gujanaise rebaptisées. Le Lycée de la Mer a
également construit la Voltigeuse, reprise d'un nom illustre de l'ancien temps,
pour l'Association Le Coudey. Petit Cailloc de M. Laumon du Moulleau a
également changé de main, MM. Barde et Lafond.
Les deux pinasses de la commune de Lège Cap-Ferret qui débutèrent avec un
équipage ferret-capien, patron Michel Lescarret pour Ferret Capie et Capricieuse
avec un équipage canonnais, patron Hubert Charpentier au début avec J.L. Miquel
et J.L. Reveleau, Loïc, Bernard, ont été attribuées au Club Nautique de Claouey
au moment du changement de l'équipe municipale.
Ceci leur a été grandement profitable au vu des résultats obtenus au classement
des régates de la saison. Ferret Capie a réussi à endiguer la suprématie d'Elvire.
Deux bateaux sortis du chantier de l'Aiguillon de Michel Bossuet.
Est-ce une coïncidence ? On peut aussi noter que Michel Bossuet à la barre d'une
Dubourdieu, Saint Ferdinand, avec son équipage de "La Flotte" s'inscrivait
régulièrement en deuxième position.
La Saint Ferdinand et son "Tire-bouchon" eurent souvent la vedette.
On peut aussi se souvenir que la Jeanne d'Arc eut les honneurs de la presse en
sortant du Bassin pour rejoindre les côtes espagnoles... ce qui est strictement
interdit !
On pourrait presque écrire un livre en mettant bout à bout les "aventures" de cette
vingtaine de pinasses et de leurs équipages hauts en couleur et héritiers de cette
tradition là.
La Fringante construite chez Raba à La Teste en 1988 (photo Guy
Terrasson).
La Barbotière au prés serré lors de la régate du 14 août
devant Arcachon (photo Guy Terrasson
).
Les départs de régate, qui se font toujours vent arrière, sont très
spectaculaires (photo Guy Terrasson).
Régates à l'Herbe : les départs de la plage deviennent problématiques
(photo Hubert charpentier).
La Belle, l'une des plus anciennes pinasses à voile de
l'Amicale (photo Guy Terrasson).
Cette photo de régates a été prise sur la plage de Piraillan en 1954. Au
premier plan se trouve un Pacific dont on ne distingue
malheureusement pas le nom (photo André Bergougnon).